Fiche de lecture : Discours de la méthode, Descartes, 1637

Cet article complète l’article sur Descartes

Source : DESCARTES René, Discours de la méthode, Ed. GF Flammarion, Paris, 1637 (2000)

Ce livre est certainement le plus accessible qu’ait écrit René Descartes. Il y expose sa méthode philosophique qui, si elle fut critiquée à de nombreuses reprises par la suite notamment dans ses conclusions sur la séparation radicale entre le corps et l’âme, a été reconnue pour sa rigueur et son intérêt intellectuel.

J’expose ici sommairement les différentes partie de l’ouvrage avec quelques citations et analyses.

Descartes débute par une mise en garde sur le poids des habitudes et de la majorité dans la fabrication des opinions et des idées :

« En sorte que c’est bien plus la coutume et l’exemple qui nous persuadent, qu’aucune connaissance certaine, et que néanmoins la pluralité des voix n’est pas la preuve qui vaille rien pour les vérités un peu malaisées à découvrir, à cause qu’il est bien plus vraisemblable qu’un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple. »

Première partie : Utilité du voyage

En parlant de l’importance de voyager, Descartes trace dans un premier temps un parallèle entre le voyage et le fait de se détacher de tous les enseignements reçus à des âges où la Raison n’est pas capable de penser par elle-même. Il critiquera et remettra ainsi en question la formation qu’il reçut à l’école des Jésuites sur la scolastique notamment.

« Ce qui [choix des chemins à suivre] me réussit beaucoup mieux, ce me semble que si je ne me fusse jamais éloigné ni de mon pays, ni de mes livres. »

Seconde partie : Les quatre préceptes de logique de Descartes

1. « Ne recevoir jamais aucune chose pour vrai que je ne la connusse évidemment être telle. » Ce précepte ne s’applique pas aux mathématiques.

2. « Diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre. » Autrement dit, revenir au simple pour résoudre le plus complexe.

3. Ordre des pensées : des objets les plus aisés à connaître au plus durs. Précepte applicable aux objets qui n’ont aucun rapport entre eux. D’où l’importance d’exercer son adresse en observant les arts qui disent avoir de l’ordre, telles que les sciences.

4. Devoir de vérifier à la fin d’un raisonnement de n’avoir rien omis, en divisant la difficulté ou en déduisant le composé à partir du simple. Principe de vérification.

Ces préceptes, de part leur rigueur quasi-scientifique, inspire un parallèle avec Aristote. La division d’une difficulté afin de la mieux traiter est typique de la pensée aristotélicienne qui voyait dans la compréhension du réel la nécessité de séparer, classer, appréhender les choses dans leur complexité.

Troisième partie : Trois maximes

1. Obéir aux lois et aux coutumes de son pays. Une idée que Descartes reprend à Pierre Charron dans son De la sagesse. Cet auteur, un philosophe et moraliste du début du XVIIe siècle, influença Descartes et Spinoza. Il prônait un abandon de la métaphysique au profit d’une philosophie morale basée sur une tolérance religieuse et un rapprochement entre le concept de Dieu et de Nature.

2. Être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses que celles qui sont très assurées. Descartes, malgré son obsession pour la rationalité, était un farouche défenseur de la volonté. Cette faculté était selon lui essentielle à la démarche philosophique. Si c’est la Raison qui guide sur le chemin du doute, c’est la Volonté qui nous permet de ne pas dévier de celui-ci. Le volontarisme du philosophe est associé chez Descartes avec une recherche chez l’homme de domination de sa nature et de la Nature en général.

3. « Ma troisième maxime était de tâcher […] à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde » : Il vaut toujours mieux se changer que changer le monde. La seule chose que nous sommes sûr de contrôler est notre pensée. C’est en distinguant le vrai du faux et en bien jugeant que l’on peut acquérir de la vertu.

Après avoir fixé ces règles et maximes et les avoir mises, avec la foi, comme seule ligne d’éthique, Descartes entreprit pendant neuf ans de se défaire du reste de ses opinions en voyageant. Il ne veut pas imiter les sceptiques qui doutent pour douter. Les destructions de ses opinions l’ont conduit à en avoir de nouvelles plus certaines.

Alors qu’à l’époque des penseurs tel que Francis Bacon admettait leur incapacité à répondre à certaines questions philosophiques, Descartes part tout de même en Hollande avec détermination pour y vivre en solitaire et tenter de résoudre ces difficultés considérées comme insurmontables.

Quatrième partie : preuves de l’existence de Dieu

→ Première démonstration de l’existence de Dieu :
L’idée d’un être plus parfait que nous ne peut tenir ni du néant ni de nous car nous ne sommes pas parfaits. Donc cette idée a été mise en nous par l’être parfait en question, c’est-à-dire Dieu.
Donc dieu existe, sinon qui aurait pu mettre cette idée en l’homme ?

→ Deuxième démonstration de l’existence de Dieu :
Une maxime aristotélicienne: « Il n’y a rien dans l’entendement qui n’est premièrement été dans le sens. » (Latin: Nihil est intellectu quod prius non fumit in sensu.)

Pour Descartes ceux qui se persuadent de ne pas connaître Dieu, se persuadent donc de ne pas connaître leur âme. Il parle de ceux qui pensent que ce qui n’est pas imaginable n’est pas intelligible. Pour Descartes, cette maxime pose la certitude que ni l’âme ni Dieu n’existent. Par là Descartes nous dit que ce n’est pas parce que Dieu et l’âme sont inaccessibles aux sens qu’ils le sont de notre entendement.

« Nous ne nous devons jamais laisser persuader qu’à l’évidence de notre raison. »

« Ne recevoir aucune chose pour vraie, qui ne me semblât plus claire et plus certaine que n’avaient fait auparavant les démonstrations des géomètres. »

Cinquième partie : Des deux types de lois venant de Dieu

→ Les lois scientifiques découvertes par des personnes tels que Galilée et plus tard Newton.

→ les lois des vérités mathématiques que Dieu a nécessairement imprimées dans nos esprits. Pourquoi ces lois viennent nécessairement de Dieu ? Car les mathématiques présentent une double caractéristique divine. Elles sont parfaites et infinies. Elles ne peuvent donc avoir été crées par l’homme.

A la fin de la cinquième partie Descartes explique que la philosophie ne peut pas prouver l’immortalité de l’âme. Il nous dit que si « l’âme des bêtes soit de même nature que la notre » alors on ne peut se poser de question sur l’immortalité de l’âme.

Mais: « on comprend mieux les raisons qui prouvent que la notre est d’une nature entièrement indépendante du corps et […] qu’elle n’est sujette à mourir avec lui, puis, d’autant qu’on ne voit point d’autres causes qui la détruisent, on est naturellement à juger de là qu’elle est immortelle. »

Sixième partie : De Galilée et des sciences

Il commence cette dernière partie par une sentence qui rappelle Montaigne et ses Essais.

« De façon qu’au lieu de trouver les moyens de conserver la vie, j’en ai trouvé un autre bien plus aisé et plus sûr, qui est de ne pas craindre la mort. »

Descartes fait entendre dans cette partie pourquoi il a écrit un essai sur les découvertes de Galilée et comment il n’a pas compris en quoi celles-ci aient pu choquer l’Eglise. Il voudrait que le peu que les scientifiques comme lui découvrent soit communiqué fidèlement au public. Il prône déjà une République universelle des Savoirs qui permettent que les découvertes circulent. C’est le garant des plus grandes avancées dans tous les domaines, et il est difficile de lui donner tort aujourd’hui quand on voit l’importance que la publication scientifique prend dans le travail du chercheur à travers le monde.

« Car c’est véritablement donner des batailles, que de tâcher à vaincre toutes les difficultés et les erreurs qui nous empêchent de parvenir à la connaissance de la vérité, et c’est en perdre une, que de recevoir quelque fausse opinion touchant une matière un peu générale et importante ».

Néanmoins, cette dernière partie est la plus critiquable de l’ouvrage de Descartes dans la mesure où il développe l’idée selon laquelle le corps humain n’est qu’une simple machine. Il utilise la comparaison avec le canard de Vaucanson, un automate réalisé par un artisan de cette petite ville à l’époque. Le corps humain ou animal n’est pour Descartes qu’une machine faite de tuyauteries et de rouages en tout genre. Cette condamnation de la vie à n’être qu’une forme mécanique place l’âme et la Raison au-dessus de tout et de la vie elle-même. C’est ce qui sera le plus reproché à Descartes, cette incapacité à concevoir la Vie comme une support indispensable à la Pensée, quelle qu’elle soit.

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