Descartes et le cartésianisme

René Descartes est un penseur à part dans notre histoire occidentale de la pensée philosophique. Il est considéré comme le fondateur de la philosophie moderne. C’est donc pour cette raison que je décide de lui consacrer le premier article de cette catégorie. Il s’agira néanmoins de montrer dans quelle mesure il s’inscrit dans une continuité immédiate avec l’époque médiévale, notamment en montrant l’influence aristotélicienne sur sa pensée.

Descartes naît donc à la fin du XVIe siècle, en 1596. Il est formé par les Jésuites qui sont à l’époque dépositaires d’un héritage que l’on appelle scolastique. Ce courant de pensée prend ses racines au Moyen âge, dans une perspective de commentaire des textes redécouverts d’Aristote. La scolastique développe une conception extensive du savoir mais tout en respectant les contraintes inhérentes à l’époque médiévale où tous les hommes savants sont des hommes d’Eglise, donc soumis au dogme dicté par le Vatican.

Descartes fait encore partie de ce type de philosophe touche-à-tout qui se considérait à l’époque comme mathématicien, astronome, physicien, ou encore alchimiste avant de se dire philosophe. Formé par des Jésuites dans l’héritage scolastique, il a reçu un enseignement extensif du savoir : étude des auteurs antiques (Platon et Aristote), romains (certainement Saint-Augustin), et médiévistes (Saint-Thomas d’Aquin, Saint-Anselme, etc.). Mais il manifeste aussi un intérêt pour la production intellectuelle qui était récente pour lui comme Montaigne et il sera toute sa vie en contact épistolaire avec des penseurs de son époque tels que Hobbes, Pascal et d’autres.

Il faut garder à l’esprit tout le temps où l’on étudie Descartes que son objectif philosophique premier était de démontrer l’existence de Dieu et son rôle de créateur de toutes choses. Il est intéressant à plusieurs titres néanmoins car il va mettre en place une méthode originale dans la pensée en s’inspirant à la fois des anciens et  des philosophes modernes.

L’influence principale de Descartes vient d’un courant grec dont nous n’avons pas parlé et qui s’appelle le scepticisme. Ce courant de pensée pose comme principe que l’on ne peut avoir de certitude sur quoi que ce soit. Il faut donc continuer toujours et encore à examiner (sens de skeptikos en grec ancien) le réel, tout en sachant que la vérité ne nous sera jamais accessible directement. Le scepticisme trouve ses origines au IVe siècle av J.C. chez un grec nommé Pyrrhon (360-275 av. J.-C.). Il influença, comme d’autres, certains auteurs romains.

Descartes reprend cette méthode quand il parle de la nécessité de douter de tout et de chaque chose afin de découvrir la Vérité. C’est grâce à ce cheminement qu’il parvient à la sentence : cogito ergo sum. Le raisonnement est le suivant : en doutant de tout, je me rends compte que rien ne peut être vrai avec certitude. Sauf que quand j’en arrive à devoir douter du fait que je doute, je me rends compte que c’est impossible. Or douter, c’est penser, donc penser me donne la certitude d’exister.

Mais il ne faut pas oublier que le raisonnement de Descartes ne s’arrête pas là, car une fois qu’il a prouvé que l’on pouvait savoir avec certitude qu’on existait car nous sommes des êtres doués de Raison, il va montrer que cette capacité que nous avons de raisonner ne peut venir que d’une substance supérieure à l’homme et à toutes les choses qui existent ; à savoir Dieu. C’est là que l’on entre dans la modernité totale qui va imposer le cartésianisme pendant des siècles.

Je vais essayer d’être le plus précis possible mais n’hésitez pas à poser des questions s’il y a des choses qui vous paraissent obscures. Je reviens à la méthode de Descartes. Il a montré qu’on ne peut pas douter de notre existence car nous sommes des êtres pensants, et on ne peut douter du fait que l’on pense. Or, la Raison, ce qui est en nous et qui nous permet de Penser, semble être quelque chose qui nous dépasse en tant qu’individu. Comme disait Descartes : « le bon sens est la chose la mieux partagée entre tous. » Mais ce bon sens, cette Raison, est beaucoup trop puissante pour relever seulement d’un être aussi faible et limité que l’homme. Elle doit donc venir d’une puissance supérieure car infinie. En effet, ce qui caractérise la Raison, c’est qu’elle n’est pas quantifiable ni limitée. Seul Dieu a pu mettre en l’homme une telle puissance infinie. C’est là que Descartes va définir une frontière infranchissable entre ce qui relève du Corps (substance limitée relevant de l’Etendue) et la Raison (substance illimitée relevant nécessairement de la substance Dieu directement).

C’est donc Dieu qui a mis en chacun de nous cette capacité incroyable de raisonnement. En établissant ce principe, Descartes relègue le corps (et tous les corps, même animaux) au statut péjoratif de simples machines. L’homme a un corps, qui fonctionne comme une vulgaire machine. Ce qui fait de lui un être pensant vient du fait que Dieu ait décidé de déposer en lui la Raison. Descartes va même jusqu’à trouver dans le cerveau humain un endroit précis où résiderait la Pensée divine déposée : la fameuse glande pinéale, dont l’existence a depuis, et de nombreuses fois, été démentie.

Cette manière de séparer aussi radicalement ce qui relève du Corps de ce qui relève de l’Esprit va fortement peser sur le développement des sciences jusqu’à aujourd’hui. Le terme cartésianisme qui va décrire chez nombre d’auteurs la supériorité de la Raison sur les Passions (relevant du corps donc n’ayant pas la pureté divine de la Pensée) a eu un héritage compliqué et qui va être fortement combattu par certains, notamment Nietzsche, Freud et certains scientifiques contemporains tels que Antonio Damasio.

Pour l’anecdote, chacun peut garder à l’esprit l’épisode où Nietzsche, le jour où il perdit complètement la raison, se suspendit au cou d’un cheval violemment fouetté dans les rues de Turin en le priant de pardonner Descartes…

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