Aristote ou la rupture dans la continuité

Aristote ne naît pas Grec mais Macédonien en 387 av. J.-C. Il entre cependant à l’Académie de Platon à l’âge de dix-sept ans et suit pendant près de vingt ans son enseignement. Il a beau être considéré comme platonicien, il s’oppose au concept phare de son maître: la théorie des Idées. Il n’eut de cesse que de démontrer que la recherche de la vérité passe par une certaine rigueur démonstrative et scientifique. Après la mort de Platon en 346 av. JC, il part d’Athènes une première fois avec deux illustres disciples de Platon Théophraste et Xénocrate. En 343, il arrive en Macédoine où Philippe II le nomme précepteur de son fils Alexandre pendant deux ou trois ans. Aristote profitera de la protection de son élève tout au long de sa vie et notamment lors de la création du Lycée, concurrent philosophique de l’Académie, lors de son retour à Athènes en 335 av JC. Il conservera cependant toujours le statut de métèque aux regards du droit athénien. Son sort est lié à celui du Grand Empereur. Il fuit Athènes en 323, lors d’un soulèvement des Grecs contre la Macédoine suite à la mort d’Alexandre le Grand, et meurt en 322 av. JC à Chalcis.

Pensée

Aristote se place à la fois dans une certaine continuité et en rupture avec la philosophie platonicienne. Il utilise la méthode de Platon du questionnement et de la conceptualisation tout en opérant un retour aux penseurs présocratiques, notamment en replaçant la science démonstrative au cœur de la réflexion philosophique. Il est également considéré comme le premier philosophe encyclopédiste dans la mesure où rien que les écrits qui nous sont parvenus montrent une réelle volonté de saisir le réel et la vérité dans son ensemble. Il développe donc une réflexion très poussée sur la méthode scientifique, notamment en accordant une place importante à la démonstration, au détriment de la dialectique. Contrairement à Socrate et Platon, il ne disqualifie pas de fait le raisonnement par syllogisme mais lui trouve un intérêt autre que sophistique s’il est utilisé avec rigueur. La vérité débouche d’un syllogisme dont les prémisses sont nécessairement vraies. La conclusion doit donc découler comme une conséquence de Causes antérieures (prima causa) (non pas temporellement mais ontologiquement, c’est-à-dire du point de vue de la connaissance de l’Être, de l’essence de toute chose). Il est ainsi considéré comme le précurseur d’une grande partie de la philosophie occidentale qui s’intéressera à partir du XIIIe et XIVe siècle à la question de l’être et de son essence. Il met également en avant l’idée que la connaissance de la Vérité est une forme de connaissance de la Cause première, qui de par son éternité et sa primordialité (qui signifie littéralement « premier dans l’ordre ») est nécessairement divine. On retrouve cette idée à la fois chez des penseurs arabes (Averroès), juifs (Maïmonide), chrétien (Thomas d’Aquin) ou « panthéiste » (Spinoza). Cette corrélation entre la Vérité, la Science et Dieu est une première philosophique qui, même si Aristote tombera dans les oubliettes de l’histoire du IIe siècle av JC au XIe ap JC, fera de sa pensée une clef de voûte de la philosophie moderne qui cherche à rationaliser (ne pas entendre dans le sens cartésien, mais dans le sens scientifique et logique) notre rapport au monde et à Dieu. On le considère d’ailleurs comme le fondateur de la philosophie logique qui donna le courant de pensée contemporain (XXe siècle) de la philosophie analytique (école de pensée dont les précurseurs ont été Frege, Russell, Wittgenstein).

Bibliographie
Physique
Organon (ouvrage fondamental sur l’importance de la démonstration scientifique, ce furent ces textes qui marquèrent les scientifiques lors de la « redécouverte » d’Aristote).
Métaphysique
L’Ethique à Nicomaque
Sur l’âme
(texte court, facile à lire et qui peut être une bonne initiation à la pensée et la méthode aristotéliciennes)

Bonnes lectures !

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5 commentaires pour Aristote ou la rupture dans la continuité

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