Platon et Socrate, les accoucheurs de la philosophie occidentale

Biographies croisées 

Disciple du célèbre Socrate (470-399 av. JC), Platon (428-347 av. JC) a écrit de nombreux textes philosophiques qui se présentent tous sous la forme de dialogue avec comme personnage principal son maître. Celui-ci s’oppose le plus souvent à la pensée grecque dominante à l’époque et incarnée par les sophistes. Socrate cherche à leur faire entendre raison en montrant que la découverte de la Vérité est le plus haut but et bien que l’homme puisse rechercher. Platon et Socrate posent les jalons de la philosophie occidentale dans la mesure où leur méthode philosophique est d’ores et déjà fondée sur le doute et la remise en question des évidences du réel, afin de tendre vers une vérité nécessairement cachée (cf. Texte suivant de Platon). Platon fonda son école de pensée, appelée l’Académie (source étymologique . Pour info, et afin de voir la continuité historique de la pensée grecque de l’époque, Platon eut pour disciple pendant vingt ans un certain Aristote.

Deux textes fondamentaux: 

L’Apologie de Socrate

L’intérêt de ce texte facile à lire est double. Historiquement, il raconte la tenue d’un procès dont tous les historiens s’accordent à dire qu’il a réellement eu lieu. Ce procès se tient en 399 av JC et a pour accusé Socrate. La situation politique d’Athènes à cette époque est complexe. En 404 av JC, Athènes perd définitivement la Guerre du Péloponnèse qui avait commencé en 431 et qui opposa pendant près de trente ans l’impérialisme athénien (Ligue de Délos) à celui de Sparte (Ligue du Péloponnèse, du nom de la plaine dominée par les Lacédémoniens, sous les murs de Sparte). La défaite d’Athènes entraine l’avènement du court règne des Trente Tyrans. Après la chute de ces-derniers en 403, la situation à Athènes est particulièrement tendue et en 399 Socrate est victime d’un procès très politisé (notamment parce qu’il était proche de certains tyrans déchus, même s’il ne participa pas à leur gouvernement et sera très critique de leurs exactions) à l’époque et qui poussera définitivement Platon vers l’écriture. Platon n’est à l’époque qu’un disciple parmi d’autres du grand Socrate, ce philosophe iconoclaste qui s’oppose depuis de nombreuses années aux élites athéniennes incarnées par les Sophistes (en grec, sophitès, les spécialistes du savoir) dont les figures de proue étaient des hommes politiques de premier plan de la démocratie athénienne tels que Gorgias, Protagoras et Thrasimaque que l’on retrouve dans les dialogues de Platon. Ces sophistes détiennent le pouvoir politique à Athènes et ont la haute main sur l’éducation de la jeunesse aux vertus de la rhétorique. L’Apologie de Socrate est donc un texte particulièrement intéressant car il se présente sous la forme de minutes du procès de Socrate qui est accusé de deux chefs  graves à l’époque et qui conduiront à sa condamnation à mort et son exécution (le récit de Socrate qui boit la ciguë est un passage philosophique célèbre). Il est accusé d’une part de « corrompre la jeunesse athénienne » dans ses discours et d’autre part de n’idolâtrer qu’un dieu-démon unique. La manière dont Socrate se défend mais accepte sa condamnation est une porte ouverte vers toute la pensée platonicienne et socratique.

La République, Livre VII

Représentation de l'Allégorie de la caverne, Félix Girard

Représentation de l’Allégorie de la caverne, Félix Girard

L’intérêt philosophique de ce texte est colossal et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, par la taille du dialogue, un vrai pavé. C’est pour cela que je vous conseille de lire ce Livre (seulement) qui permet d’aborder les problématiques essentielles de La République. Cet ouvrage est intéressant car il vient après certains dialogues que l’on appelle de jeunesse (pour Platon) où les conclusions du Socrate mis en scène sont souvent aporiques (c’est à dire qu’il est difficile d’en tirer des leçons philosophiques universelles). Là, dans ce dialogue et dans d’autres tels que le Gorgias, le Protagoras et un peu plus tard Les Lois (on estime que ce serait le dernier texte rédigé par Platon), on voit se mettre en place un véritable système philosophique où les notions de Justice, Beauté, Vertu et Politique sont développées de manière cohérente.L’autre intérêt de ce texte, et de ce Livre, c’est que Platon recourt à une allégorie qui restera célèbre dans l’histoire de la pensée occidentale: L’allégorie de la caverne. Si tout le monde en a entendu parler, peu la connaissent réellement et surtout en ont vu la signification profonde. L’importance de cette image qu’utilise Platon au travers de Socrate tient à la manière dont elle fonde la philosophie théorique et spéculative, qui se distingue de la philosophie naturaliste des présocratiques. Platon imagine que les hommes soient attachés au fond d’une caverne de telle manière qu’ils ne voient que la paroi en face d’eux. Sur ce mur, ce qu’ils croient être la réalité n’est en fait que les ombres des objets qui sont hors de la caverne. Ces objets passent devant l’entrée de la caverne, et la Lumière (qui incarne le monde des Idées) projette une illusion de réalité devant les yeux des hommes. Dès lors, le rôle de la philosophie et surtout du philosophe est de se libérer de ses chaînes afin d’accéder au Vrai, à ce monde baigné dans la lumière où se trouvent les objets dans leur essence.Cette allégorie donne deux leçons dans la manière dont elle est présentée. La première, comme je disais, c’est qu’elle va établir une distinction philosophique fondamentale dans la construction de la pensée occidentale à savoir la dichotomie (couper en deux en grec) entre la Réalité d’une part et la Vérité d’autre part. Autrement dit, Platon va inaugurer la suspicion de nos sens. Ces-derniers ne seraient pas capables de nous faire saisir l’essence des choses, seule la Raison permet d’accéder au monde des Idées, hors de la caverne. Or, et c’est le deuxième enseignement de Platon dans ce début de Livre VII, pour se déchaîner et sortir sans être ébloui et rendu aveugle par la Lumière des Idées, il faut une préparation (philosophique). Celui qui doit sortir doit être préparé et surtout il doit avoir conscience que le message qu’il devra transmettre à ceux qui sont toujours dans la caverne aura du mal à être accepté.Il est d’ailleurs intéressant d’un point de vue plus littéraire de faire un parallèle entre cette allégorie de la caverne et le poème L’albatros de Baudelaire. On retrouve à 2400 ans d’intervalle cette idée que celui qui apporte un message différent, souvent plus proche de l’essence des choses, est souvent rejeté et moqué. Rappelons-nous que Socrate a fini condamné à mort par ses concitoyens athéniens soi-disant pour impiété.

Bonnes lectures !

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6 commentaires pour Platon et Socrate, les accoucheurs de la philosophie occidentale

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